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Premiile ALGCR pentru cărți apărute în anul 2016

În 15 iulie 2017, la Facultatea de Litere a Universității Babeș-Bolyai din Cluj, la sfîrșitul conferinței anuale a Asociației, s-au decernat premiile anuale ale Asociației de Literatură Generală și Comparată din România (ALGCR). Juriul, alcătuit din Mircea Martin (președinte), Adriana Babeți, Corin Braga, Caius Dobrescu, Mihaela Ursa și Adrian Lăcătuș, a acordat următoarele premii:

Premiul pentru literatură comparată:

Vasile VOIA, Literatura comparată la turnanta ultimului secol. Anxietăţi, paradigme, metode, Editura Univers, 2016 

Premiul pentru teorie literară - ex aequo:

Teodora DUMITRU, Rețeaua modernităților. Paul de Man – Matei Călinescu – Antoine Compagnon, Editura Muzeul Literaturii Române, 2016 

Horea POENAR, Teoria peștelui-fantomă. Zece studii și șapte scurt-metraje despre teorie, Editura Tracus Arte, 2016 

Premiul pentru o perspectivă teoretică și comparatistă asupra literaturii române - ex aequo:

Doris MIRONESCU, Un secol al memoriei. Literatură și conștiință comunitară în epoca romantică, Editura UAIC, 2016 

Adrian TUDURACHI, Fabrica de geniu. Nașterea unei mitologii a productivității literare în cultura română (1825-1875), Editura Institutul European, 2016 

Adunarea Generală a ALGCR, 15 iulie 2017, Cluj-Napoca

Adunarea generală a Asociației de Literatură Generală și Comparată din România (ALGCR), întrunită în data de 15 iulie 2017, la Facultatea de Litere a Universității Babeș-Bolyai din Cluj, la sfîrșitul conferinței anuale, a ales noua componență a consiliului de conducere al Asociației:

Președinte: Mircea Martin. Vicepreședinți: Corin Braga, Caius Dobrescu, Adrian Lăcătuș. Secretar: Oana Soare. Șeful comisiei de cenzori: Vasile Spiridon. Cenzor: Angelo Mitchievici.


Congresul Societății Franceze de Literatură Generală și Comparată (SFLGC), 2017

Stimate colege, stimați colegi,

Asociația noastră a primit de curând o invitație specială din partea colegilor francezi, pentru a participa la congresul din 2017 al Societății Franceze de Literatură Generală și Comparată (SFLGC). Aveți mai jos apelul la comunicări; în măsura în care sunteți interesați, vă rugăm să vă înscrieți. Găsiți toate informațiile necesare înscrierii la congres la link-ul următor: http://www.fabula.org/actualites/41e-congres-de-la-sflgc-migrations-des-genres-et-des-formes-artistiques_75615.php

Mircea Martin, președinte al ALGCR

                                                                                       « Migrations des genres et des formes artistiques »

La question des genres et en particulier des genres littéraires a connu un renouveau significatif depuis une vingtaine d’années : au lieu de les aborder dans une perspective taxinomique (poétique classique, systèmes romantiques) ou historique (processus de remaniements, de combinaisons, d’emprunts, d’hybridations), les approches récentes en font plutôt des outils à la fois de la création et de l’interprétation. S’inscrivant dans tel ou tel genre, jouant avec ses conventions et ses topoï, une œuvre fixe des attentes, détourne et renouvelle des codes, parfois venus d’autres arts.
Nous proposons d’emprunter ces voies, mais en adoptant un point de vue résolument comparatiste, en étudiant le renouvellement des genres et des formes par leurs migrations. Cela n’exclut évidemment pas la perspective diachronique, mais elle s’articule dès lors à une attention accrue aux espaces de création et à leurs traditions et engage les regards croisés sur différents arts.

1. Comparer les genres, les formes et les arts

Il s’agit de proposer un travail sur les genres, à travers des cas précis, dans des aires privilégiées, qui donneront lieu à des développements spécifiques, mais aussi de réfléchir à des questions théoriques plus vastes, à l’articulation des questions génériques et des problématiques comparatistes majeures – poétique comparée, interculturalité, intermédialité, transferts culturels, questions de genre (gender).

- poétiques comparées : peut-on comparer des genres ? S’inscrivent-ils nécessairement dans une tradition donnée ? Qu’y-a-t-il de commun entre une élégie grecque, une élégie française du XVIIIe siècle et une elegía latino-américaine du XXe siècle ? Entre une épopée indienne et chinoise ? Les catégories génériques sont-elles solubles dans d’autres traditions ? Si les noms de genre n’ont pas forcément de traduction exacte, peut-on pour autant trouver des équivalents ? Sur quoi se fonde-t-on alors pour repérer ces équivalences ? Les difficultés de définition que posent les genres sont-elles simplement multipliées ou déplacées lorsque l’on adopte une perspective comparatiste ?

- comparatisme interartistique : il s’agit d’une problématique majeure de la littérature comparée, qui explore comment les modèles musicaux, littéraires, picturaux s’informent ou se font concurrence. L’approche générique permet d’adopter un angle spécifique sur ces questions. On pourra citer en exemple le travail déjà mené au laboratoire LLA-Creatis sur le Tombeau, monument qui concerne d’abord les arts plastiques ou l’architecture, puis qui s’est constitué à la Renaissance en genre poétique collectif de l’hommage funèbre, et s’est ensuite épanoui comme genre musical au XXe siècle, avant de connaître un renouveau important dans les poésies contemporaines, notamment francophones. Approches historiques et interartistiques se croisent ici.

- comparatisme et intermédialité : les enjeux recoupent en partie ceux du comparatisme interartistique mais les déplacent. Prenons l’exemple de la lettre : on parle parfois de « genre » épistolaire, mais il s’agit d’une catégorie qui n’est pas exclusivement littéraire et qui renvoie d’abord à une pratique communicationnelle, à une modalité énonciative et à des media spécifiques, autant qu’à une poétique qui lui serait propre. Dans le domaine littéraire, cette modalité peut s’associer à la question des genres, par exemple dans le cas très particulier du roman épistolaire, trop longtemps abordé dans un contexte essentiellement français sous prétexte de son exemplarité. Dans d’autres genres littéraires, non seulement la lettre peut apparaître comme une forme insérée, qu’elle soit un simple objet ou qu’elle serve directement l’œuvre, qui ouvre déjà la voie à une approche intermédiale, mais l’envoi ou l’adresse par exemple articulent l’œuvre littéraire à la question de la communication. Participant d’une circulation présentée comme consubstantielle, la lettre est un exemple paradigmatique qui permet une réflexion sur la migration elle-même et ses avanies : la lettre est « ouverte », se perd ou ne part jamais.

- On pourra évidemment croiser ces approches. Ainsi de la « théâtralité » comme « forme » transartistique et transculturelle. Comment la structure théâtrale (éléments mise en scène, regards de spectateur, notion de « jeu » et de personnage, de costume, de masque etc.) migre-t-elle dans les autres formes et genres artistiques (cinéma, peinture, installation, roman etc.). Mais aussi quelles conceptions de la « théâtralité », de ce qui fait – ou non – théâtre, d’un espace géographique et culturel à un autre. On pourra par exemple réfléchir à la migration de la forme rituelle à la forme théâtrale notamment dans les aires non européennes.

2. Interroger les terminologies et les classifications

- Genre, forme, topos...
Les termes de « genre » et de « forme » ne servent pas ici à fixer une terminologie mais davantage à ouvrir la réflexion, à la faveur de l’approche comparatiste ; les langues peuvent notamment participer de distributions différentes, voire de systèmes de catégorisation différents.
La « migration » formelle permet justement d’interroger les différences et les hiérarchisations entre genre, forme et un schéma formel plus réduit, comme une formule ou un topos ; dans un genre donné, comme le domaine narratif par exemple, les travaux de la Société d’analyse de la topique romanesque (http://www.satorbase.org/) montrent l’extension de certains de ces micro-scénarios dans les récits antérieurs à 1800. Mais si les topoï engagent des réécritures, la question de la migration permettrait aussi d’explorer comment ils favorisent justement la transgression générique.

- Évolution, migration, permanence
Existe-t-il un véritable noyau d’un genre, ce que Pound appelle son « dieu », c’est-à-dire, « un état d’esprit éternel », et qui est véritablement ce qui « migre » ? Ainsi, le genre  doit survivre à une transposition formelle à laquelle oblige – outre le changement éventuel de medium – le changement de langue, et de système métrique : qu’est-ce qu’une élégie, une fois que tombe, en langue vulgaire, l’alternance hexamètre/pentamètre du modèle latin (une question qui embarrasse les arts poétiques renaissants) ? Dès lors, le genre se définit non directement ou simplement par un contenu (l’amour, la plainte, le regret) mais sans doute par un « état d’esprit », comme l’évoque Pound dans son texte « Religio », qui définit les « dieux » du culte poétique : « A god is an eternal state of mind ». Mais la question est alors : comment se transmet cet « état d’esprit éternel » ? En répétant ou en revivant une posture, des gestes, un type d’énoncé ? En se référant à l’ancêtre qui a posé la loi de ce genre, de cette musique propre à un état d’esprit, pour réactiver sa présence ? (Pétrarque, dans le sonnet, Callimaque dans l’élégie, Virgile dans la bucolique, qui semblent plus importants pour désigner l’appartenance du texte que les règles auxquelles il semble se soumettre).
On peut aussi considérer qu’un territoire imaginaire, un type de « lieu » correspond à un genre, et que configurer le nouveau réel dont on s’empare à l’image de ce lieu est l’opération décisive pour revivre la loi d’un genre (comment dessiner son domaine en tant que domaine horatien pour l’investir dans l’écriture d’une épitre ou d’une satire ?).
Enfin, si d’un côté le genre ou la forme liée à tel ou tel « état d’esprit éternel » peut prétendre survivre à la disparition de son code formel, par exemple, de son système métrique, on peut aussi envisager à l’inverse que la reviviscence d’un rythme suffit à faire revivre un esprit premier : c’est ce que dit Brodsky à propos de la reviviscence d’un rythme classique dans la poésie moderne (d’où l’importance symbolique par exemple des tentatives faites pour écrire en hexamètres mêmes dans des langues  modernes peu accentuées), et qui peut aussi s’entendre comme un enjeu crucial de l’écriture musicale proprement dite.

- Déplacement, travestissement, parodie

Le travestissement, le transfert d’un thème, d’un objet, d’un genre à l’autre (par exemple Le Virgile travesti de Scarron) déborde, ou intensifie les enjeux de la simple parodie. Ce déplacement n’est d’ailleurs pas toujours du genre haut, noble, sérieux, au comique. Le miroitement d’une forme dans une autre, d’une forme grande dans une forme petite, est un jeu typique des élégiaques latins, des épitres métriques de Pétrarque, mais aussi bien de la poésie d’Auden et de son héritage postmoderne (l’épique chez Derek Walcott, la pastorale chez Seamus Heaney, la poésie didactique chez Jacques Reda) : une forme majeure « migre » à l’intérieur d’une forme mineure, et rend très complexe souvent la saisie de l’ « engagement », de la « sincérité » de l’auteur qui parle avec un porte-voix où s’exhibe justement l’artefact du genre. En ce sens, le jeu avec le modèle générique a quelque chose à voir avec l’esthétique (et l’éthique) de la citation. Cela peut mener à des exemples extrêmes mais aussi assez vivifiants et très caractéristiques de poétiques contemporaines, notamment lorsqu’il s’agit des migrations du populaire au savant et inversement.

3. Définir des espaces de migration ?

On sera attentif à définir et distinguer différents espaces de migration des genres et des formes.
L’espace transatlantique pourrait apparaître comme privilégié : parce que les langues européennes migrent vers l’Amérique, elles apportent avec elles des traditions génériques qui seront parfois délaissées, parfois au contraire objet d’appropriation (typiquement l’épopée, ressentie comme un genre fondateur, ou de manière plus inattendue le sonnet, très pratiqué dans les Amériques, jusqu’à l’époque contemporaine, dans une relation d’émulation avec la littérature européenne, avant de développer sa propre branche).
L’espace méditerranéen permettrait de réfléchir à d’autres dynamiques, de transferts, d’hybridations. Plus généralement on pourra chercher à définir des espaces postcoloniaux et se demander quels sont les genres et les formes qui y sont les plus sollicités. On se demandera dans quelle mesure la langue est un vecteur essentiel de la migration.
On veillera aussi à faire place à des espaces non-européens de migrations des genres et des formes, en s’interrogeant toujours sur la pertinence de ces catégories dans ces espaces.